Pourquoi les chaufferettes causent-elles des incendies ?
Une chaufferette concentre beaucoup de chaleur dans un petit appareil, souvent posé au sol près de papiers, de boîtes ou de tissus, et branché sur ce qui se trouve à portée de main. Santé Canada a recensé 252 rapports d'incidents liés aux radiateurs électriques portatifs entre le 20 juin 2011 et le 30 septembre 2023, dont 5 décès et 10 blessures. La même évaluation cite les données de la NFPA : aux États-Unis, 44 210 incendies structurels par an impliquaient des radiateurs de 2016 à 2020, et un tiers d'entre eux étaient causés par des radiateurs d'appoint, fixes ou portatifs.
Au Québec, le rapport d'activités 2024 du Service de protection contre l'incendie de Québec attribue 6 % des incendies enquêtés à un appareil de chauffage comme source de chaleur. Le guide du préventionniste du ministère de la Sécurité publique résume le constat : « Les appareils de chauffage, permanents ou d'appoint, sont la cause de nombreux incendies. »
252
incidents liés aux radiateurs électriques portatifs signalés au Canada
Santé Canada, évaluation du danger des radiateurs électriques portatifs, mise à jour le 28 novembre 2024 (incidents du 20 juin 2011 au 30 septembre 2023, dont 5 décès).
Les six règles d'utilisation sécuritaire
La page Prévenir les risques d'incendie avec le chauffage électrique de Québec.ca, mise à jour le 12 février 2026, et la page Chauffage du Service de sécurité incendie de Montréal convergent sur six règles. Elles sont écrites pour la maison, mais elles valent telles quelles au bureau, au commerce ou à l'entrepôt.
- Un appareil homologué. Vérifiez « que le sceau d'un organisme d'homologation reconnue CSA ou ULC figure sur l'appareil ». Le SIM ajoute : homologué « à cette fin ».
- 1 mètre de dégagement. Dégagez la zone autour de l'appareil « d'au moins 1 mètre de tout objet » et laissez l'air circuler. Loin des meubles, des rideaux et des tissus, et jamais sous un bureau encombré.
- Directement dans une prise murale. « Branchez le chauffage d'appoint directement dans une prise de courant. N'utilisez pas de cordon de rallonge. »
- Un arrêt automatique en cas de renversement. L'appareil doit posséder « un dispositif de sécurité intégré qui fait en sorte qu'il s'arrête s'il se renverse », et être posé de façon stable.
- Jamais sans surveillance. Éteignez l'appareil avant de quitter la pièce. Au travail, cela veut dire en quittant son poste et en fin de journée.
- Jamais en usage continu. « N'utilisez pas de chauffage d'appoint (portatif ou non) de façon continue; faites installer un système de chauffage permanent conforme par une personne qualifiée. »

Que disent le Code de sécurité et le CNPI 2020 ?
Le chapitre VIII du Code de sécurité, qui intègre le CNPI 2020, ne contient pas d'article sur la chaufferette électrique portative. Deux dispositions générales la rattrapent toutefois. L'article 2.4.7.1 exige que les installations électriques soient « utilisées et entretenues de manière à ne pas constituer un risque excessif d'incendie ». L'article 2.4.1.1, dans sa version modifiée par le Québec, interdit d'accumuler à l'intérieur et autour des bâtiments des matières combustibles qui, par leur quantité ou leur emplacement, présentent un risque d'incendie anormal. Des boîtes de carton empilées contre une chaufferette peuvent tomber sous le coup de cet article.
Les entrepôts ont une règle plus précise. L'article 3.2.7.2 interdit les appareils de chauffage dans un compartiment résistant au feu utilisé pour le stockage de marchandises dangereuses, comme les gaz ou les liquides inflammables, sauf s'ils sont installés de manière à ne pas constituer un risque d'incendie ou d'explosion.
Ce que la CNESST attend de l'employeur
En santé et sécurité du travail, la chaufferette relève de l'obligation générale de l'employeur. L'article 51 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail l'oblige à prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé et assurer la sécurité des travailleurs, notamment en identifiant, en contrôlant et en éliminant les risques. Une chaufferette apportée de la maison et branchée sur une multiprise sous un bureau est précisément un risque à identifier.
Le Règlement sur la santé et la sécurité du travail règle aussi la question en amont. Son article 116 exige de maintenir dans tout local fermé « une température convenable », et l'article 117 renvoie à l'annexe IV, qui fixe une température minimale à chaque poste de travail fixe : 20 °C pour un travail léger en position assise, comme lire ou écrire, puis 19 °C, 17 °C, 16 °C et jusqu'à 12 °C pour les travaux plus physiques. Si des employés ont besoin d'une chaufferette pour atteindre ces valeurs, c'est le chauffage du bâtiment qu'il faut corriger.
Rallonges et multiprises : la règle
La rallonge est l'erreur la plus fréquente avec une chaufferette. Québec.ca l'interdit pour le chauffage d'appoint et rappelle, sur sa page consacrée à l'électricité, que « les rallonges électriques sont des solutions temporaires » et que les multiprises sont à réserver « aux appareils à faible consommation comme les lampes de table, les radios ou les réveille-matin ». Une chaufferette n'en fait pas partie.
Le guide du préventionniste du ministère de la Sécurité publique donne un repère utile : une rallonge utilisée pour une situation permanente, soit plus d'une semaine, doit être remplacée par une installation permanente ou rangée après chaque utilisation. Si un poste a besoin d'une prise de plus, c'est le travail d'un maître électricien.
Entrepôts et chantiers : des règles plus précises
Sur un chantier, le Code de sécurité pour les travaux de construction encadre expressément le chauffage temporaire (section 3.11). Tout approvisionnement temporaire de chaleur doit être assuré par des appareils « dont l'installation et le fonctionnement ne présentent aucun danger ». Les appareils de chauffage à l'essence ou au naphte sont interdits, et un radiateur électrique doit être certifié selon la norme CAN/CSA C22.2 n° 46. Un appareil de chauffage par combustion doit notamment être protégé contre tout danger de renversement et situé de façon à ne pas obstruer les moyens d'évacuation.
Les radiateurs de chantier font aussi l'objet de rappels. En 2019, Santé Canada a publié le rappel de radiateurs de chantier électriques de 240 volts vendus sous les marques Chromalox, Centurion, Electromode, Westcan et Dimplex : environ 420 000 appareils vendus au Canada, et 36 incidents signalés à l'entreprise. Vérifiez les rappels avant de ressortir un vieil appareil de l'entrepôt.
Intégrer les chaufferettes au plan de sécurité incendie
Le plan de sécurité incendie doit prévoir, selon l'article 2.8.2.1 du CNPI, « les mesures de surveillance des risques d'incendie dans le bâtiment et autour de celui-ci ». Les chaufferettes en font partie. Concrètement : une politique écrite (appareils autorisés, homologation, emplacement), un inventaire des appareils en service, une ronde de fin de journée et la correction rapide des zones trop froides. Le contenu du plan est détaillé dans notre article sur le plan de sécurité incendie en entreprise, et l'état des cordons et des prises fait partie de l'entretien des équipements. Une chaufferette contre des boîtes ou sur une rallonge s'ajoute aux erreurs en sécurité incendie que relève l'inspecteur.
CHAUFFERETTES D'APPOINT : CONSIGNE À AFFICHER
1. Seuls les appareils homologués CSA ou ULC et approuvés par l'employeur sont permis.
2. Gardez 1 mètre libre autour de l'appareil : aucun papier, carton, tissu ni meuble.
3. Branchez directement dans une prise murale. Aucune rallonge, aucune multiprise.
4. L'appareil doit s'arrêter s'il se renverse. Posez-le au sol, à plat, hors du passage.
5. Éteignez-le en quittant votre poste et en fin de journée.
6. Vous avez froid tous les jours ? Signalez-le : c'est le chauffage du bâtiment qu'il faut corriger.Questions fréquentes
Vos employés connaissent-ils ces règles ? Une formation en sécurité incendie est le bon moment pour les rappeler, et une préinspection repère les chaufferettes mal placées avant le passage du préventionniste.
